Les Basm

Adnan

© S.Ogier / Handicap international

Nerodimlje, près de Ferizai. Adnan Maloku allait avoir sept ans quand il a perdu la moitié de sa famille à cause des sous-munitions.

Le 17 août 1999, alors qu’il se baignait avec sa famille dans un lac, Adnan a trouvé une boîte de métal jaune et l’a rapportée à sa famille sans savoir qu’il s’agissait d’un déchet de guerre très dangereux, une sous-munition BLU-97 non explosée. Gazmend, 17 ans, le frère aîné d’Adnan, a fait tomber l’engin qui a explosé. Gazmend et son père ont été tués sur le coup. Adnan a été blessé au bras et à la jambe gauche.
Le lendemain du drame, Sanije, la sœur d’Adnan, est allée récupérer les affaires que la famille y avait laissées. Une fois là-bas, elle a à son tour sauté sur une sous-munition, et a été tuée immédiatement. Suivi médicalement pendant deux mois, Adnam avait perdu beaucoup de sang. Il est toujours anémié aujourd’hui. Son bras gauche reste faible et il ne peut plus porter d’objets lourds. Il n’a pu reprendre l’école qu’en janvier 2000. Il a de mauvais résultats et devrait bientôt interrompre sa scolarité. Quand on le rencontre, on sent la profonde tristesse et la terrible culpabilité qui l’habitent. C’est la sœur aînée d’Adnan, Ymrije, qui s’occupe désormais de lui et de leur mère, profondément traumatisée par l’accident. Ils vivent à trois sur la pension du père de 62 euros par mois, ce qui leur laisse très peu d’argent pour vivre.

Luljeta

© S.Montanvert pour Handicap International

Korishë, près de Prizren. Luljeta Rexhaj était âgée de 26 ans lorsqu’elle a été victime d’un bombardement de sous-munitions, en avril 1999.

Une première fois chassés par les militaires serbes, les habitants du village de Korishë, près de la frontière albanaise, avaient été capturés et rassemblés sur la route devant leur village, pour y passer la nuit. Vers minuit, ils ont tous été réveillés par une frappe aérienne de l’OTAN, qui répandait des sous-munitions sur le village. Des maisons et les tracteurs où dormaient certaines personnes étaient en feu. Séparée de son mari et de sa fille, Luljeta, tenait son petit garçon dans ses bras et essayait d’atteindre le sous-sol d’une maison, quand elle a été touchée à la jambe droite et au pied gauche. Elle a été opérée durant la nuit à l’hôpital de Prizren où elle avait été transportée par les militaires serbes. Sa jambe droite a été amputée au-dessus du genou, et elle aussi perdu des orteils au pied gauche. Dans les mois qui ont suivi, Luljeta a dû combattre une grave infection et elle a subi plusieurs autres opérations pour extraire de son corps des éclats de métal. Au début, Luljeta, qui n’arrivait pas à accepter cette situation, songeait au suicide. Encouragée par un officier qui a passé de longues heures à discuter avec elle, elle a finalement décidé de continuer à vivre pour s’occuper de ses enfants.

Au cours des dix dernières années, pendant les principaux conflits qui ont secoué le monde, des millions de sous-munitions ont été larguées sur des zones civiles. Beaucoup n’ont pas explosé et attendent leur prochaine victime.

Ces témoignages ont été recueillis par les équipes de Handicap International au Kosovo en septembre 2005.