
Souknah a 12 ans. Sa famille a dû fuir son village bombardé pendant la guerre. A son retour, elle décide d’aller faire un tour dans le village accompagnée de sa cousine Marwa et de son cousin Hassan.
C’est en traversant un des nombreux quartiers en ruine que les enfants aperçoivent une sous-munition. Intriguée, la jeune Marwa s’en saisit avant de la lancer au loin affolée par les cris de son cousin qui a reconnu un objet dangereux et lui conseille de s’en débarrasser. La sous-munition explose. Blessant grièvement Hassan et Souknah. Des villageois transportent rapidement Hassan à l’hôpital le plus proche. Son état reste critique pendant trois jours. Il doit subir des interventions pour ôter les éclats métalliques de sa jambe, de son estomac et de son torse. Ses intestins, son foie et ses reins sont également sévèrement touchés.
Souknah, quant à elle, a été blessée sur l’ensemble du corps. Son estomac et sa poitrine sont plus particulièrement touchés. Elle a dû subir trois opérations destinées à enlever les éclats de son estomac, son foie et ses poumons. Les médecins n’ont pas pu enlever la totalité mais ils préfèrent attendre que son état s’améliore avant de l’opérer de nouveau.

Ali avait 42 ans. Marié et père de quatre enfants, il était également l’aîné de la famille dont il était la principale source de revenu. Ali était démineur. Il rêvait de pouvoir travailler au sein de la FINUL afin de débarrasser son pays des engins de mort qui le polluent. Ali et Hussayn marchaient dans un champ ravagé afin de repérer les cultures qui pouvaient encore être sauvées lorsque le pied d’Ali heurte une sous-munition qui explose. Il est tué sur le coup. Sa femme Layla était institutrice avant la guerre. L’école étant détruite, elle ne pense pas retrouver de travail avant longtemps et ne sait pas comment elle pourra subvenir aux besoins de la famille. Hussayn a reçu de nombreux éclats à la jambe droite et sur les bras. Plus grave, certains nerfs et muscles ont été sectionnés. Lorsque nous l’avons rencontré il n’était pas encore capable de marcher. Avant l’accident, Hussayn travaillait dans la construction, aujourd’hui il ne croit pas pouvoir de nouveau exercer son métier. Désormais, il ne sait plus comment nourrir sa femme et ses deux filles.
Au cours des dix dernières années, pendant les principaux conflits qui ont secoué le monde, des millions de sous-munitions ont été larguées sur des zones civiles.
Beaucoup n’ont pas explosé et attendent leur prochaine victime.
Ces témoignages ont été recueillis par les équipes de Handicap International au Liban en Septembre 2006.